Faut surtout pas virer fou!

Avez-vous déjà remarqué que l’ultime argument d’une conversation autour d’enjeux importants est souvent: “Ouain, mais il ne faut pas virer fou avec ça!”?

Fin de la conversation.

J’ai souvent entendu et moi-même utilisé cette phrase. Lorsque je parle avec des amis et que nous réalisons certaines absurdités de notre monde (et ce qu’il faudrait faire pour changer cela), nous préférons trop souvent fermer la conversation en nous disant qu’il vaut mieux ne pas virer fou avec ça. On peut continuer d’agir comme on le fait. Je sais très bien que l’on dit ça comme ça, de manière un peu banale, mais quand on prend le temps d’analyser cette phrase, il y a quelque chose d’étrange vous ne trouvez pas? C’est comme si changer nos habitudes nous faisait peur. En se disant une phrase comme celle-la, nous nous réconfortons et apaisons notre esprit (qui se rend bien compte qu’il faudrait peut-être faire quelque chose).

À croire que lorsque nous envisageons de faire un peu mieux dans la vie, de remettre en doute ce qui est considéré comme “normal” ou même d’essayer de devenir de meilleurs citoyens, nous courons le risque de perdre la raison et de devenir fou. Et bien sûr, personne n’a envie de devenir fou! Nous voulons être « normaux », être comme tout le monde! Pourquoi moi je changerais? Changer fait peur, mais faire comme tout le monde est rassurant. Une phrase comme « il ne faut pas virer fou avec ça » sert aussi à convaincre les autres de continuer d’agir comme nous. On ne veut surtout pas prendre le risque de voir nos proches changer, puisque ça pourrait nous amener à nous remettre en question et cela fait peur n’est-ce pas?

Pourtant, qui a dit que le fait de réfléchir aux conséquences de nos actions (ou de notre inaction) est dangereux pour notre santé mentale? Le pire dans tout ça, c’est que très souvent, nous sommes tous d’accords sur les faits, mais en conclusion, il est mieux “de ne pas virer fou avec ça” que de changer les choses.

S’alimenter différemment

On sait que l’élevage a une grande part de responsabilité quant aux changements climatiques. Aussi, une très grande majorité de notre eau potable sur la planète est utilisé dans le simple but d’élever le bétail. Sachant cela, devrions-nous remettre en question notre façon de nous alimenter, afin de réduire notre empreinte écologique et d’assurer un avenir meilleur à nos enfants? N’oublions pas que ce sont eux qui devront gérer la pénurie d’eau potable et les changements climatiques. Serait-il logique que par amour pour eux, nous devrions envisager de réduire notre consommation de viande et choisir des options végétariennes ou végétaliennes?

“Ouain, mais il ne faut pas virer fou avec ça non plus!”

Changer nos habitudes et s’adapter à la situation actuelle, est-ce vraiment si fou que ça?

Vivre avec moins

On sait qu’il y a en moyenne 300,000 items dans une maison d’une famille américaine et qu’un enfant de 10 ans possède en moyenne 238 jouets, mais qu’il ne joue qu’avec 12 au quotidien. On sait aussi qu’environ 70% des Américains n’aiment pas leur travail

Pourtant nous passons notre vie à toujours vouloir plus d’argent pour consommer davantage afin d’acheter le bonheur. Nous sommes malheureux au travail, mais nous sommes obligés de travailler toujours plus pour payer nos dettes! Tout ça nous déprime, alors nous dépensons de l’argent que nous n’avons pas pour acheter des biens qui nécessiteront de notre temps, que nous n’avons pas non plus!

Peut-être devrions-nous finalement nous rendre compte que tout cela ne nous apporte vraisemblablement pas le bonheur. Peut-être devrions-nous envisager la possibilité qu’une vie avec moins de possessions est plus enrichissante? Peut-être devrions-nous commencer à acheter moins, et surtout à vouloir moins de choses, et même à se libérer de nos possessions que nous gardons inutilement? Et pourtant, si l’on ose envisager un mode de vie minimaliste, qu’est-ce qu’on se dit?

“Ouain, mais il ne faut pas virer fou avec ça non plus!” 

Suis-je le seul à trouver que cette phrase bloque toute réflexions et ne sert qu’à justifier notre inaction?

C’est comme ça, ne changeons rien!

Pensons-y un instant. Il y a de nombreuses entreprises qui ont un très grand intérêt à ce que nous ne réfléchissions pas à nos actions et que nous continuions à vivre notre vie en suivant les différents moules qu’ils ont décidés pour nous. Et nous sommes maintenant tellement bien ancrés dans ces moules que nous sommes nous-mêmes prêts à les défendre et à qualifier de “folle” toute idée allant à contre-sens. Les entreprises doivent rire dans leur barbe!

Il ne faut pas virer fou avec ça!” Et bien, moi je dis que peut-être qu’au contraire, pour certains aspects, il serait temps de commencer à “virer un peu fou avec ça”.

Essayons!

Depuis 2015, j’ose faire des choix qui, selon mes anciennes conversations, auraient dû me rendre fou! Et pourtant, je me sens tellement bien et tellement mieux aligné avec mon esprit! Je n’ai plus besoin de me dire cette phrase passe-partout pour me rassurer de vivre comme tout le monde! Si, dans une conversation, je constate que je pourrais vivre mieux ou faire plus pour la planète et pour les citoyens de demain en changeant mes habitudes, j’arrête d’avoir peur de devenir fou et j’essaie! Et croyez-moi, faire les choses différemment, en suivant nos convictions, ne mène pas du tout à la folie, bien au contraire! 😉